Le projet d'autonomie de la Kabylie en question
Si l'on juge par le nombre d'intervention de citoyens kabyles sur les différents sites WEB qui traitent du sujet, on est tenté d'affirmer que la question de l'adhésion à ce projet ne se pose pas. Il faut, cependant, noter et avec regret que le geste ne suit pas la parole. Souvent, les Kabyles s'imaginent que cette affaire qui les concerne tous, relève -quant à sa conduite- du seul ressort des militants du MAK et de son leader, Ferhat MEHENNI. Le moment est, peut-être, venu pour que tous ceux qui ont foi dans ce projet, mais qui ne se reconnaissent pas, nécessairement, dans le MAK fassent preuve d'imagination pour envisager les voies et moyens pour un travail en commun avec ce mouvement; le but étant de donner une nouvelle impulsion à cette dynamique née du printemps noir de Kabylie. Il n'est pas inutile de rappeler que le sentiment - pour ne pas dire le rêve - d'une Kabylie autonome est partagé par la majorité des Kabyles. Paradoxalement, ils hésitent à franchir le seuil du portillon du MAK. Devant ce constat, nous devons nous interroger sur les raisons de cette frilosité et, si possible, esquisser les uns avec les autres, des ébauches de solutions à cette problématique, et pour que cesse l'impression de ne voir dans ce projet qu'une simple affaire de quelques initiés. C'est parce qu’il est à craindre de voir, une fois encore, ce qui constitue le socle de notre union devenir la cause de nos divisions ; un appel doit être lancé pour qu'une nouvelle initiative soit prise pour relancer le processus. Il n’est pas pensable de rester indifférent devant la réélection de Abdel Aziz Bouteflika. Au contraire, un tel événement doit nous inciter à plus de vigilance, en gardant présentes à l’esprit, les velléités que ce personnage nourrit à l’encontre de notre région. En effet, ses liens de plus en plus affirmés avec l’islamisme et le panarabisme, peuvent nous faire craindre le pire. Ces motifs et bien d’autres sont autant de signaux d’alarme qui n’augurent pas de lendemains prometteurs pour notre région. Si nous baissons la garde, il n’est pas exclu de vivre un remake de 1963 pour venir à bout de cet irrédentisme kabyle. Comme le dit l'adage : "qui n'avance pas recule !» A cela, il convient de rajouter que chaque recul constitue une avancée pour celui qui est en face. Trois ans après l’appel pour l’autonomie de la Kabylie, d ‘aucuns ne s’accordent à dire que la dynamique suscitée par cette initiative historique semble s’essouffler, puisque hormis les communiqués et les conférences de presse et quelques rencontres, ici et là, rien ne vient trancher avec l’immobilisme ambiant. Ferhat Mehenni ne pourra pas, à lui seul construire, l’autonomie de la Kabylie. Les citoyens kabyles doivent se saisir de ce projet et le prendre à bras le corps. Sa réussite ou son échec scellera, définitivement, le sort de la Kabylie et de son peuple. Il faut donner un souffle nouveau à ce projet, d’où la question de savoir ce qu’il faudrait entreprendre pour parvenir à cette fin. Si l’ensemble de ceux que cette question interpelle partagent le constat qui est évoqué ici, il conviendrait, avant toute chose, de s’interroger sur la/les cause(s) de cette inertie.
Où se situe le grain de sable qui empêche le mécanisme de fonctionner ?
Sans vouer aux gémonies tous les efforts entrepris jusqu’à ce jour, il paraît vital de revenir au point de départ pour comprendre les raisons, souvent subjectives, de cet enlisement. En disant cela je m’adresse, surtout, a ceux qui ont lancé l’appel pour l’autonomie de la Kabylie.
Deux cas sont à considére
r : Le projet d’autonomie lui-même et la proclamation du MAK.
Les premières investigations doivent se dérouler sur ce terrain là. Il faut, en effet, que l'ensemble des acteurs de ce projet s'interroge sur le fait de savoir si toutes les conditions ont été réunies et les préalables respectés au moment du lancement de ce projet ou, au contraire, des ratages ont été commis.
Certains susurrent que l'appel à l'autonomie lancé le 05/06/2001 a semble-t-il, fait l'impasse sur certains initiateurs de ce projet. D'autres qui partagent le souci et la nécessité de doter la Kabylie d'un statut spécifique considèrent qu'il y a eu précipitation dans son lancement, en mettant en avant le manque de concertation entre les différentes personnalités politiques et la société civile dans la région.
Quelle que soit la part de vérité des un et des autres, les divergences qui peuvent être relevées portent, plus sur la forme que sur le fond; pour peu que ceux qui soulèvent ce genre de questions soient sincères quant à leur foi dans ce projet. Dans ce cas et avec un peu de volonté et de dépassement de soi, tout redeviendra possible.
Des remarques sont, également, à formuler autour de la création du MAK. Certains soutiennent, à ce propos, que cette initiative est venue freiner l'enthousiasme soulevé par cette idée d'autonomie. Ils estiment - à tort ou à raison - que derrière cette proclamation se cachait la volonté d'un groupe de se poser en tant que dépositaire exclusif de ce projet.
Là aussi, il n'est question que de différences d'appréciation, puisque dans tous les cas, il faudrait un cadre pour porter et défendre cette revendication.
Ceci étant, qui peut empêcher toutes et tous ceux qui ont foi dans cette revendication de s’associer au MAK pour mener, ensemble, ce combat ; même s’il est préférable d’unir nos efforts sous une seule bannière que d’y aller en rangs dispersés. Notre cause y gagnera sans conteste.
A la lumière de ce qui vient d’être dit l’enjeu commande à chacun de nous de laisser de côté son ego. Le passé et les passifs des uns et des autres doivent laisser place au sens et la culture du compromis, sans lesquels nous ne mettrons pas un terme à nos combats fratricides d’où nous sortons tous anéantis. Nous devrions, tous, nous soumettre à l’épreuve de vérité pour exorciser nos démons. C’est le prix du courage et de la lucidité. A ce moment et dans un esprit de franchise et de loyauté des uns envers les autres, nous pourrions admettre nos erreurs et maladresses et en mesurer les conséquences négatives qu’elles ont occasionnées pour notre cause, des années durant.
Pour reprendre une phrase de Ferhat Mehenni « nous avons été les mercenaires de toutes les cause sauf la nôtre » nous apercevrons que nous nous sommes, souvent, entredéchirés pour des causes qui ne sont pas forcément les nôtres. Et c’est, peut-être là où se situe la source de toutes nos déconvenues.
Aujourd’hui, que tous ceux, de la classe politique et de la société civile, kabyles qui partagent les arguments avancés à propos du projet de l’autonomie et de la proclamation du MAK, le disent ouvertement et franchement. A son tour, ce mouvement admettra ses ratages. Nous devons passé à la loupe tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant, afin d’y expurger ce qui constitue la source de nos malentendus. Sans aucun doute, une nouvelle page s’ouvrira, alors, devant nous.
Ce nouveau départ que tous espèrent et attendent doit ouvrir de nouvelles perspectives pour cette autonomie de laquelle viendra le salut de la Kabylie et de ses enfants.
Il est venu le moment où chacun doit se poser la question sur la contribution qui doit être la sienne dans la construction de cet avenir kabyle. Beaucoup d'événements, notamment la réélection de Bouteflika et l'impasse dans laquelle les animateurs de l'Aarach ont mis la Kabylie, doivent nous inciter à serrer nos rangs et à transcender nos oppositions.
Dans cet esprit, toutes les femmes et les hommes qui s'inscrivent dans ce combat pour l'autonomie de la Kabylie doivent travailler dans le sens d'une grande initiative et qui aura pour finalité de fédérer les positions de tous ceux et toutes celles qui portent haut et fort cet idéal.
Le MAK, qui a le mérite d'exister, est tout désigné pour susciter une telle action. Il existe d'autres groupes ou personnalités qui partagent ce souci, ils doivent, par conséquent, se manifester et se joindre à celui-ci.
Sans préalable aucun, ni ordre du jour arrêté d'avance, une telle rencontre doit être, d'abord, le signe des retrouvailles entre les membres de la famille kabyle.
Maintenue à l'écart de cette idée d'autonomie la grande famille berbère mérite amplement d'y être associée afin de lever le malentendu qui laisse penser, qu’en appelant à son autonomie, la Kabylie s’est désolidarisée de la cause Amazigh pour laquelle elle tant donné.
Pour l’heure, l’urgence est de favoriser des contacts entre les différents acteurs politiques de la scène kabyle au-delà des opinions politiques de chacun.
Le projet d’autonomie ne doit pas être la cause d’une énième discorde. A bien y réfléchir sa réussite fissurera, à coup sûr, les bases du pouvoir dictatorial algérien.
C’est à partir de ce concept que nous pourrions vraiment bâtir une démocratie authentique et durable dans notre pays.
Le 04/06/04
A. Nat Zikki