Abdelkader et les Kabyles

Publié le par kabyle

Abdelkader et les Kabyles

 
« Où sont les chefs qui vous commandent demandait Abdelkader. ?
« Nous n'avons pas de chefs étrangers à notre nation, nos chefs sont tirés d'entre nous ; nous obéissons aux amines et aux marabouts. »
« S'il en est ainsi, je recommande aux amines d'être bien avec mon khalifa, de le servir et d'obéir à ses ordres. »
« Nous ne demandons pas mieux que de vivre en bonne intelligence avec votre khalifa ; mais qu'il ne nous parle jamais d'impôts, comme il l'a déjà fait dans les plaines, car nos ancêtres n'en ont jamais payé et nous voulons suivre leur chemin. »
« Vous donnerez au moins la zecca et l'achour, ajouta l'émir ; ces contributions sont d'origine divine. »
« Oui nous donnerons la zecca et l'achour prescrits par la loi religieuse crièrent les Kabyles en s'animant, mais nos zaouias les recueilleront et nos pauvres en profiteront ; telle est notre habitude. Vous vous êtes annoncé chez nous en qualité de pèlerin et nous vous avons offert la diffa. Cessez ce langage dont vous pourriez mal vous trouver ; sachez bien que si vous étiez venu comme maghzen, au lieu de couscous blanc, nous vous aurions rassasié de couscous noir (de poudre). »
« Si vous me dites l'Est est plus fort que l'Ouest, je vous répondrai : Dieu fait marcher la victoire à ma suite, à cause de la pureté des motifs qui me guident. Vous savez au surplus ce que dit le Koran : que d'éléphants ont été inquiétés par des moucherons et que de lions ont été tués par le dab ! Sachez bien que si je ne m'étais opposé aux empiétements des Français, si je ne leur avais fait connaître leur impuissance, depuis longtemps déjà ils auraient nagé jusqu'à vous comme une mer en furie et vous auriez vu alors ce que n'ont jamais vu ni les temps passés, ni les temps présents. Ils n'ont quitté leur pays que pour conquérir et faire esclave le nôtre. Je suis l'épine que Dieu a placée dans leur œil ; si vous m'aidez, je les jetterai dans la mer. Dans le cas contraire ils vous aviliront. Rendez-moi donc des actions de grâces de ce que je suis l'ennemi mortel de votre ennemi. Réveillez-vous de votre apathie : croyez-le, je n'ai rien à cœur que le bonheur et la prospérité des Musulmans. Je n'exige de vous, pour triompher des infidèles, qu'obéissance, accord et marche conforme à notre Sainte Loi, comme je ne vous demande, pour soutenir mes armées, que ce que vous est ordonné par Dieu, maître du monde. Obéissez donc à Ben Salah ; il sera pour vous la boussole qui vous indiquera le bien. Je prends Dieu à témoin de la vérité et de la sincérité de mes paroles ; si elles n'ont pu trouver le chemin de vos cœurs, vous vous en repentirez un jour, mais d'un repentir inutile. C'est par la raison et non par la violence que j'ai voulu vous convaincre, et je prie le Tout-Puissant qu'il vous éclaire et vous dirige. Je ne suis venu vous trouver qu'avec une poignée de monde, parce que je vous croyais des hommes sages, capables d'écouter les avis de ceux qui ont vu ce que vous n'avez pu voir ; je me suis trompé, vous n'êtes que des troncs noueux et inflexibles. »
« Nous vous jurons que nous sommes des gens sensés et connaissant l'état des choses, mais nous ne voulons pas que personne s'initie à nos affaires, ou cherche à nous imposer d'autre lois que les nôtres. Nous savons encore ce qui nous convient de faire, eu égard aux préceptes de la religion. Comme nous vous l'avons dit, nous donnerons à nos mosquées la zecca et l'achour : mais nous n'entendons pas que des étrangers en profitent. Quant aux Chrétiens, s'ils viennent jamais chez nous, nous leur apprendrons ce que peuvent les Zouaouas à la tête et aux pieds nus ».
« Assez ! Assez ! Le pèlerin s'en retournera comme il est venu. Que la volonté de Dieu soit faite ! »
« Allez donc en paix puisque vous êtes venu simplement nous visiter. Les pèlerins et les voyageurs ont toujours été bien reçus chez nous ; nous pratiquons l'hospitalité ; nous avons de la fierté et nous craignons les actions qui peuvent attirer sur nous le blâme ou la déconsidération. Une autre fois, présentez-vous avec la splendeur d'un prince, traînez à votre suite une armée nombreuse et demandez-nous ne fût-ce que la valeur d'un grain de moutarde, vous n'obtiendrez de nous que de la poudre. Voilà notre dernier mot ».

Émile Masqueray : Formation des cités chez les populations sédentaires de l'Algérie. Edisud 1983, pages 91 & 92 .


Commentaire


Abdelkader existe envers et contre nous

Tous les régimes despotiques connus dans l'histoire, essayent de créer des images d'hommes fragiles et dont la grandeur ne dépassant pas la petitesse de leurs actes pour leurs peuples. La glorification de l'Emir Abdelkader n'est pas fortuite. Elle répond exactement aux besoins, d'abord, d'effacer la glorieuse histoire de l'Algérie. Une histoire faite de bravoure et de courage par les Massnsen, Yugurten, Aksil..., de l'autre, créer dans l'imaginaire des Algériens, une image d'un homme au vécu peu honorable. La soumission de l'Emir, pour ne pas dire, la traîtrise de l'homme durant les débuts de la conquête française, donnerait, aux Algériens, des repères historico-civilisationnels futiles, et de moindre grandeur. Cette culture de reniement pratiquée depuis toujours par le pouvoir nihiliste d'Alger vise aussi, à encrer dans le comportement sociétal des gouvernés, des symboles qui ne sont pas de nature à chatouiller leur fierté afin que le peuple accepte toute pègre aux commandes de l'Etat. Comment peut-on contester un Bouteflika, dans un pays fondé par le traître en chef, en la personne de l'Emir Abdelkader ? Ou bien, Comment un pays peut-il retrouver son identité millénaire alors que son Etat est fondé par un arabo-musulman, présenté aujourd'hui comme un repère historique indéniable de notre vécu ?
Les réponse ne peuvent être que politiques. Vouloir à tout prix nous balayer des annales de l'histoire de l'Algérie sert en premier lieu ceux qui nous gouvernent. Il leur permet d'éterniser leur hégémonie idéologique sur le pays.
Les enseignements tirés du passé ne sont pas de simples vestiges qu'on accrochent sur les mûrs de musées. Ils sont le fer de lance d'une existence en tant qu'entité politique et géographique assumée et voulue. Ce que l'histoire de notre région nous apprend, aujourd'hui, est la preuve de la justesse de la revendication autonomiste telle que prônée par le MAK, de M. Ferhat Mehenni. Elle vise à ré-instaurer un ordre politique, identitaire, social, culturel... qui est le nôtre. L'idée même d'une autonomie pour la Kabylie est l'unique hommage à rendre à celles et à ceux qui ont fait la gloire de la Kabylie et de toute la Berbèrie, présentés aujourd'hui par les tenants du pouvoir comme de simples guerriers.
L'essence de l'autonomie de la Kabylie va à contre sens de l'idéologie officielle. Elle conteste les images glorieuses préfabriquées et imposées par le pouvoir pour redonner à nos héros et repères la place qui leur sied.
                                                                                                                                                                            Commentaire du kabyle
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Publié dans kabylie-debout

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